PANEL ACSIS: FORUM DU SMSI 2017

Merci à tous les participants au panel ACSIS du 15 juin 2017 au SMSI FORUM ITU Geneva à Genève sur le thème
L’Afrique et l’économie numérique: avantages, pertes et stratégies
Dr. Cisse Kane, PhD Président de la fenêtre modérée d’ACSIS

Un grand merci à nos distingués panélistes:

  • OURLET. Emery Okundji Ndjovu, ministre des Potes, Télécommunications et NTIC, RD Congo
  • Mme Marion Jansen Économiste en chef Centre du commerce international – CCI
  • M. Verengai Mabikai Conseiller principal en politiques pour l’Afrique, ISOC
  • M. Aboulkarim Soumaila, Secrétaire général de l’UAT-ATU
  • M. Richard Bolwijn, CNUCED
  • M. Mactar Seck, UNECA

La session, organisée et animée par le Dr Cisse Kane (Président de la Société civile africaine sur la société de l’information (ACSIC)), avait pour objectif d’examiner l’état des TIC en Afrique, en ce qui concerne l’économie numérique. Différents intervenants ont discuté des avantages, des pertes et des stratégies permettant d’aider le continent à tirer parti des avantages de la numérisation.

Le premier orateur, M. Emery Okundji Ndjovu (Ministre des TIC, République démocratique du Congo), a présenté ses observations sur le paysage des TIC en RDC et sur l’importance de ces technologies dans le développement du pays, qui constitue sa deuxième source de revenus après l’exploitation minière.

Okundji Ndjovu a déclaré que son gouvernement faisait de son mieux pour développer ce secteur. À titre d’exemple, il a mentionné le projet dorsal national, qui en est déjà à sa deuxième phase. La troisième phase commencera bientôt avec le soutien de la Banque mondiale pour utiliser la fibre optique pour connecter le pays et développer la connectivité.

Dans le domaine de la législation, son ministère vient d’envoyer deux projets de loi au Parlement pour approbation, l’un sur les télécommunications et les TIC, l’autre sur le commerce électronique. Okundji Ndjovu reconnaît qu’il existe de nombreux défis, par exemple, éduquer les gens sur pourquoi et comment ils devraient utiliser les technologies et les intégrer dans leur travail quotidien.

L’intervenante suivante, Mme Marion Jansen (économiste en chef du Centre du commerce international (CCI)), a présenté certaines des conclusions préliminaires du CCI issues de son enquête sur le marché de l’économie numérique en Afrique. Elle a mentionné le passage au numérique de nombreuses entreprises en Afrique et a présenté certaines des conclusions de leur enquête:

Ces entreprises ont-elles un système international de paiement électronique? Elle a ajouté que dans la plupart des pays africains, cela n’était pas encore disponible.

Sont-ils capables de livrer leurs produits transfrontaliers? À ce propos, elle a déclaré que de nombreuses PME ne le font pas toutes seules. ils utilisent des services spécialisés tels que UPS et DHL. De plus, 63% des répondants externalisent le dédouanement des procédures douanières.

Qu'est-ce qui se passe après les ventes? 
Les clients sont-ils satisfaits?
Les entreprises ont-elles un moyen de s'assurer que leurs clients sont satisfaits du service?
À ce propos, elle a conclu que la reddition de comptes était nécessaire tout au long du processus, comme décrit ci-dessus.

En terminant, Jansen a reconnu que les défis du commerce électronique se posent non seulement en Afrique, mais partout. Tant d’entrepreneurs ne savent pas comment mettre leurs services en ligne, d’où le besoin d’éducation dans ce domaine.

Le prochain orateur, M. Abdoulkarim Soumaila (Secrétaire général de l’UAT-ATU), a commencé par dire qu’en Afrique, il ne faut pas craindre les défis, car ils font partie de la vie; et là où il n’y a pas de défi, il n’y a pas de vie. Soumaila a mentionné que, outre les défis mentionnés par les intervenants, il en existe d’autres tels que:

  • Les gouvernements doivent créer un environnement qui convaincra et attirer les investisseurs, et ils devraient être prêts à libéraliser certains secteurs de leur économie susceptibles de soutenir l’économie numérique.
  • Accès au pouvoir, à l’énergie. Les pays d’Afrique ont peut-être des infrastructures mais il y a la question de l’électricité pour les faire fonctionner.
  • La qualité de service est un autre défi sur lequel il faut travailler afin de stimuler l’économie numérique dans de nombreux pays africains, en particulier pour les nouvelles entreprises de commerce électronique.

Soumaila a conclu que le ministère des TIC n’est pas le seul secteur qui devrait être considéré comme responsable de l’économie numérique, mais que tous les autres secteurs devraient être impliqués dans l’élaboration de la stratégie nationale, tels que le ministère des transports, de l’énergie, de l’agriculture, etc.

Le prochain orateur, M. Mactar Seck (Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA)), s’inspirant des orateurs précédents, avait l’impression que l’économie numérique fonctionnait bien en Afrique. Il a déclaré que de nombreux emplois avaient été créés et de nombreuses innovations telles que l’argent mobile, qui est largement répandu sur tout le continent, et que le nombre de jeunes entreprises créées par des jeunes sur l’ensemble du continent était considérable. Il a reconnu un certain nombre de défis, notamment:

  • Le taux de pénétration d’Internet en Afrique est de 29% (en 2016), contre 86% en Europe et 33% en Asie du Sud.
  • Fracture numérique entre hommes et femmes sur Internet ainsi qu’entre villes et zones rurales.
  • Un besoin de programmes de renforcement des capacités car, si personne n’est éduqué aux TIC, il ne sera pas en mesure de l’accepter.

Seck a également déclaré que pour relancer l’économie numérique en Afrique, il y avait un certain nombre de choses à faire, notamment:

  • Avoir des gouvernements stables qui attireront les investisseurs. Il a déclaré qu’il était nécessaire d’accroître les partenariats public-privé en Afrique. Le Rwanda, le Sénégal et le Nigéria sont de bons exemples de pays dans lesquels les investisseurs estiment que leurs investissements sont sécurisés.
  • Soutenir les innovations locales, en particulier celles qui sont menées par les jeunes, celles qui créent des solutions aux problèmes locaux grâce à la technologie et des pays tels que le Rwanda et la Tunisie sont à nouveau de bons exemples.

L’intervenant suivant, M. Verengai Mabikai (Conseiller principal en matière de politique pour l’Afrique, ISOC), a reconnu que l’économie numérique de l’Afrique progressait grâce à l’adoption de l’Internet. Il pense que le manque de contenu dans les langues locales empêche tout progrès supplémentaire car, si les gens ne peuvent pas comprendre la langue dans laquelle le contenu est contenu, cela ne leur sera d’aucun bénéfice.

Dans ses remarques finales, il a mentionné certaines initiatives de la société Internet, telles que la mise en place de points d’échange Internet (IXP), qui sont très importants pour développer la connectivité en Afrique et contribuer à la création d’infrastructures dans le monde. plusieurs pays africains.

Le dernier orateur, M. Richard Bolwijn (Division de l’investissement, CNUCED) a évoqué la nécessité d’attirer les investissements en Afrique, ce qui est essentiel pour soutenir l’économie numérique en Afrique. De nombreux pays africains ont élaboré leurs plans stratégiques en matière de TIC, mais près de la moitié d’entre eux ne donnent pas plus de détails sur leurs besoins en investissements. Richard Bolwijn a déclaré que ces stratégies n’indiquent pas clairement le type d’investissement dont ils ont besoin, les types de partenariats qu’ils recherchent et dans quels secteurs spécifiques ils ont besoin d’investissements. Beaucoup d’entre eux mentionnent simplement qu’ils cherchent à investir dans l’infrastructure et oublient d’autres secteurs tels que le commerce électronique, la santé en ligne, etc.

Par Arsene Tungali, ACSIS

FORUM DU SMSI 2017 (DU 12 AU 16 Juin 2017 – GENEVE, SUISSE) DECLARATION DE LA SOCIETE CIVILE AFRICAINE SUR LA SOCIETE DE L’INFORMATION (ACSIS) APPEL A PLUS D’INCLUSION ET DAVANTAGE DE PARTICIPATION AU FORUM DU SMSI

Monsieur le Président du Forum du SMSI 2017,

Monsieur le Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications,

Excellences, Mesdames, Messieurs les ministres,

Chers participants (tes)

Au nom d’ACSIS, nous vous exprimons nos félicitations ainsi qu’à M. Houlin Zhao Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications, son équipe et l’ensemble de ses partenaires de l’UNESCO, du PNUD et de la CNUCED, pour l’organisation du WSIS FORUM 2017, qui a été le cadre de consultations vivantes avec des sessions de très haut niveau organisées en vue de répondre à la question des liens entre les TIC et les ODD. Nous nous félicitons également de la participation forte et de la contribution substantielle de l’Afrique au Forum 2017 du SMSI ainsi que de la forte mobilisation des membres d’ACSIS Suisse et de la Société Civile Africaine en général.

La relation entre les TIC et les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies est une évidence en ce sens que les TIC sont l’outil «capacitateur» global pour tous les autres ODD des Nations Unies. Les TIC font partie des plus grands créateurs d’emplois dans le monde. Il faut en faire une opportunité dans le monde mais surtout en Afrique

Pour ce qui concerne l’Afrique les défis majeurs restent importants. En effet, les fractures sont toujours très béantes en Afrique avec un très bas taux de connectivité en Afrique. Nous avons tous démarré ensemble il y a 25 ans mais il y en des pays qui en sont à 90% et d’autres à 3% de connexion Internet (surtout en Afrique). L’explosion mobile en Afrique ne saurait masquer un accès très partiel à la société de l’information et des connaissances.

En Afrique il y a encore beaucoup de barrières comme l’accès (coûts et infrastructures), la langue, l’analphabétisme numérique). Nous risquons de continuer encore longtemps à recueillir aussi beaucoup de méfaits des TIC.

Les dangers de l’Internet liés à la cybersécurité, à l’environnement (les déchets électroniques mais aussi ondes de toutes sortes, la gadgetisation), rendent l’Afrique encore plus vulnérable que les autres continents.

Il s’agira donc, pour répondre à la question du thème central du Forum SMSI de cette année, de mettre les TIC au cœur des processus (tous les ministères, toutes les activités), d’inscrire la dimension numérique comme un pré-requis dans toute action que l’on entreprend, dans toute politique à mettre en œuvre, dans tout plan de développement.

Cela implique de gros efforts de formation et de sensibilisation sur la place capitale des TIC dans le processus de transformation numérique de l’Afrique, et davantage de moyens pour l’appropriation des processus de gouvernance de l’Internet

Monsieur le Président du SMSI,

Monsieur le Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications

Excellences, Mesdames, Messieurs les ministres,

Chers participants (tes)

Comme l’a dit un des participants au Panel organisé par ACSIS sur l’économie numérique en Afrique, Pertes, Gains et stratégies : “Même si on donne toute la connectivité en Afrique, on restera des consommateurs tant qu’on n’a pas résolu la question des langues et contenus locaux ». Il est donc nécessaire de veiller à une appropriation plus locale et plus localisée des outils et des opportunités liées aux TIC.

La digestion de ce processus ne saurait se faire sans de gros efforts dans la localisation des processus en Afrique qui passe par la mise à profit des savoirs et cultures locaux, la multiplication des points d’échanges et la généralisation des contenus locaux qui ouvrira de nouvelles opportunités pour les investisseurs et boostera l’innovation. Aujourd’hui seuls 3% des contenus Internet en Afrique se font dans les langues africaines. Si on n’y prend garde, l’Afrique va continuer à être ce qu’elle fondamentalement aujourd’hui, une consommatrice de l’Economique numérique qui n’a aucune prise sur les processus, un marché à la merci des multinationales. De sorte qu’elle risque de ne bénéficier que des miettes de l’économie numérique.

C’est pourquoi nous pensons que la Communauté internationale devrait se pencher sur la question de la mobilisation de ressources encore plus conséquentes pour que l’Afrique bénéficie davantage des retombées de l’Economie Numérique. ACSIS se réjouit de toutes les initiatives qui se développent en Afrique comme Smart Africa et lance un appel à tous les pays Africains pour soutenir l’organisation prochaine au Tchad du Sommet Panafricain sur l’Economie Numérique et la Croissance Durable.

Monsieur le Président, 
Monsieur le Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications
Excellences, Mesdames, Messieurs les ministres,
Chers participants (tes)

La Société Civile africaine se félicite de l’existence de ce cadre unique qu’est le Forum du SMSI qui permet la plus grande interaction entre tous les acteurs du secteur. Ce qui est essentiel dans notre présent et dans notre futur. Nous présentons nos félicitations à toute l’équipe organisatrice du Forum autour de M. Houlin Zhao, Secrétaire Général de l’UIT.

Nous estimons cependant que, compte tenu des enjeux, la communauté internationale doit se mobiliser davantage pour doter le Forum du SMSI de moyens conséquents pour assurer plus d’inclusion et une participation plus équitable de tous les pays du monde et de toutes les parties prenantes (Gouvernements, secteur privé, Société Civile, Collectivités locales, Communauté technique, Secteur académique, etc.)

Aujourd’hui le site du Forum du SMSI est entièrement en anglais. Le concours du WSIS Prize est entièrement en anglais. Cela veut dire que si l’on ne peut pas remplir le formulaire en anglais on ne pourra pas participer au concours du WSIS Prize, même si on a un très beau projet. Il est également évident que si on n’est pas anglophone on risque grandement de ne pas pouvoir voter puisque l’interface de vote est uniquement en anglais. Ce concours risque donc de continuer encore longtemps à favoriser les candidats maniant l’anglais comme c’est le cas cette année encore. Par ailleurs, durant le WSIS FORUM, seules les rencontres de haut niveau sont interprétées dans les langues des Nations Unies. ACSIS lance donc un appel solennel à la communauté Internationale pour doter le forum du SMSI de moyens suffisants pour un soutien plus significatif au Forum du SMSI en renforçant son caractère inclusif et en accroissant sa résonnance. Cela passe par plus de multilinguisme dans le processus du Forum. Un soutien significatif du Secrétariat permettrait de:

  1. Traduire tout le site Internet du WSIS FORUM au moins dans toutes les langues officielles des Nations Unies
  2. Veiller à ce que toutes les sessions du WSIS FORUM bénéficient d’interprétation dans toutes les langues officielles des Nations Unies
  3. Traduire l’agenda du Forum du SMSI dans toutes les langues des Nations Unies
  4. Offrir un nombre de bourses conséquentes (au moins 20 par continent) chaque année afin de permettre aux membres de la Société Civile les plus méritants de faire le voyage de Genève et de participer au Forum du SMSI
  5. Prévoir l’opportunité de compléter les délégations gouvernementales par quelques membres méritants de la Société Civile

ACSIS demeure convaincu que ces mesures sont salutaires pour assurer plus d’inclusion, une participation plus juste et plus équitable à notre Forum mondial. ACSIS est convaincu que la Communauté internationale a les moyens de soutenir ce processus de passage au multilinguisme et à une participation plus inclusive qui va ouvrir d’autres horizons à la communauté internationale. Nous pensons que le secteur privé des TIC est très prospère et nous lui lançons un appel pour soutenir cette proposition pour d’avantage d’inclusion. Nous lançons cet appel aux gouvernements, à la Communauté technique, aux collectivités locales à la société Civile de tous les pays membres des Nations Unies pour accompagner ce processus qui vise à davantage d’inclusion.

Monsieur le Président
Monsieur le Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications Excellences, Mesdames, Messieurs les ministres,
Chers participants (tes)
Je vous remercie de votre attention.

Dr. Cissé Kane, Président d’ACSIS